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Un an de Guyane.

21 juin 2017

Un an que je vis sur ce département si loin si proche… Perdu là ou l’Amérique sépare le haut du bas. Un an sur cette si grande terre verte aux richesses oubliées, que même ta rolex n’en vaut pas tant.

En arrivant en Guyane, je pensais ne pas être assez. Pas assez aventurière, pas assez en phase avec la nature, pas assez je l’aimerai autant que les autres sables sous le soleil, pas assez courageuse. Puis j’ai été propulsée, un peu par hasard, sans doute par chance. On m’a posé là, a côté de ces personnes bienveillantes, à côté de ces rencontres, ces autres un peu moins. On m’a dit si tu veux être ici il va falloir t’adapter, j’ai dit non, on m’a dit si, j’ai dit oui.

Pendant un an, j’ai ris, j’ai enfilé des baskets, j’ai pédalé très vite, j’ai eu chaud, j’ai porté des robes pendant 362 jours, j’ai écouté avec curiosité ceux qui m’ont dit « tu sais c’est la première année que la saison des pluies dure si longtemps », alors j’ai acheté un pantalon, je les aime toujours pas, j’ai appris a conduire une voiture, pendant la saison sèche. J’ai toujours pas compris comment fonctionnent les essuie-glaces, j’ai ouvert les yeux très fort, j’ai survolé l’immensité de ta forêt, j’ai appris à passer ma main par la fenêtre au panneau stop pour qu’on me laisse passer, j’ai découvert l’espoir de 20 000 personnes réunies, j’ai trouvé ça beau, j’ai fondu en larmes, j’ai voulu qu’on te sorte de là, j’ai eu peur de toi, j’ai dit que je ne t’aimais pas sans vraiment y penser, ma jolie Guyane. J’ai dit qu’on ne se ressemblait pas toi et moi. J’ai vite compris qu’ici personne ne se ressemblait, que la Goutte d’Or pouvait te jalouser secrètement . Que mon ancienne patronne trouverait des histoires a écrire a chacune de tes maisons créoles. J’ai croisé des filles qui portent sur leurs visages des histoires et des couleurs du monde entier, j’ai appris à parler comme les gens d’ici et a dire bonsoir à partir de 13h, j’ai des petits singes dans mon jardin, j’ai fait prendre l’avion à mes parents, j’ai eu l’impression de les faire grandir un peu. Moi, si petite. J’ai compris que les amis, les vrais, pensent à toi pendant la tourmente. J’ai compris que je m’étais trompée très fort et qu’ils ne se comptaient pas sur les doigts d’une main. J’ai l’intime conviction d’avoir ma part de responsabilité, de savoir que ma soeur a fabriqué un bébé à son retour d’une semaine ici. J’ai chanté sur Kassav’ en buvant du rhum arrangé. J’ai dit « Kolé séré nou té ké ka dansé » aussi vite qu’Eminem dit « You only get one shot, do not miss your chance to blow ». J’y ai vu un signe.

J’ai passé un an ici, et la Guyane tu vois, c’est un peu comme mon quartier, mon arrondissement, mon Belleville à 7000 km.

Photos © Parc Amazonien de Guyane

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Noël sous les tropiques : pieds nus et guirlandes sur les cocotiers

27 décembre 2016

Cette année n’était pas mon premier Noël sous les tropiques. C’était le second. J’ai bien ouvert toutes les cases du calendrier en trouvant que quand même la magie de Noël sous 35 degrés, ça n’est pas vraiment ça. Pourtant comme la première fois, j’ai eu la chance de passer un réveillon qui sort de l’ordinaire. Qui sort de tout ordinaire même. J’ai passé une soirée pieds nus sur une maison flottante au coeur d’un marais, flirtant avec l’immense forêt de l’Amazonie. Je vous ai dit que c’était extra-ordinaire, non ? Forcément il n’y avait pas le fameux combo foie gras – chants de Noël – étoile sur le sapin. A la place, il y avait des enfants aux cheveux foncés qui n’en avait foutrement rien à faire de savoir que dans un autre pays, d’autres petites têtes ouvraient des gros paquets, parce qu’eux avaient bien mieux : une canne à pêche faite avec un morceau de bambou et un bout de fromage en guise d’appât pour attraper des piranhas. A la place, il y avait une famille qui se retrouvait à l’autre bout du monde après des mois, loin, les uns des autres. A la place, il y avait des verres de rhums arrangés qui avaient macérés un bon bout de temps en plein soleil. A la place, il y avait cette dame, un peu lourdingue, qui n’a pas tenu à retirer ses chaussures parce que ça n’était pas son rituel à elle, elle m’a fait penser à cette tante que je n’aime pas trop, à la différence que je n’aurais pas à la subir au prochain repas de famille. A la place, il y avait des gens qui s’échangeaient des histoires, des rêves, des gens biens que je ne connaissais ni d’Adam ni d’Eve et dont je ne me souviens pas très bien du prénom. A la place, on ne s’est pas demandé chez quels parents on allait aller manger la dinde fourrée, en contrariant ceux chez qui on irait juste manger la buche, parce que quand même « cette année la dinde du boucher était vraiment succulente ». Cette année ma magie de Noël à moi se trouvait dans des choses faciles de la vie, comme de réaliser au moment ou j’écris qu’on a tous oublié de se souhaiter un « Joyeux Noël ». Probablement parce qu’il l’était sans qu’on se le dise.

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Les petites graines grandissent mieux la où elles se sentent bien.

14 octobre 2016

illu-plageCa fait désormais cinq mois que je vis en Guyane. Cinq mois passés tantôt rapidement, quand je ferme les yeux et que je regarde tout ce que j’ai déjà vécu, tantôt lentement, rapport à la vie calme d’ici.

Un peu comme si j’avais signé un pacte avec le soleil, il y a deux ans, je suis partie pour les tropiques, en quittant beaucoup de choses qui m’ennuyais, en disant à mon actuel « j’ai trouvé un petit bonheur mais il ne te ressemble pas vraiment ». Comme ça, entre le plat et le dessert. J’ai pris un billet pour le sable blanc et les bateaux à voiles. J’y ai grandi d’un siècle.

Puis je suis rentrée fouler le bitume parisien à la lourde mélodie des klaxons. Redécouvrir les saisons et les couvertures du mois d’octobre blottie contre le chauffage. Mon teint s’est un peu éclaircie en même temps que les gros nuages menaçant.

Rapidement, je me suis surprise à écouter une musique en boucle dans le métro entre châtelet et barbès « J’voudrais tellement tellement tellement être la bas avec toi ». J’avais écopé du coeur grenadine. Je suis née dans le gris par accident me chantonnait Voulzy. Je ne crois pas en grand chose mais je pense que le hasard fait souvent bien les choses. Je crois en ma patronne parisienne qui ne m’a pas gardé comme si elle avait décelé des grains de sable sur mes paupières, je crois en ces boutiques qui proposent des collections de chaussures plus jolies l’été que l’hiver, je crois en mon compte en banque de l’époque, trop restreint pour aller faire une cure de vitamine au bord de la mer, je crois en ce bouquin qui parlait des envies, je crois en le petit ventre rond de Lisa dans lequel grandi un petit garçon étoile, je crois en mon échec à manger des radis ici parce que les meilleurs radis viennent du jardin de mon père, je crois en cette nouvelle ligne sur mon CV, qui dépasse toute les autres, je crois que les petites graines grandissent mieux la où elle se sentent bien.

Je crois que je pousse mieux sous le soleil.

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C’est quoi toi, ton sparadrap ?

30 août 2016

bébéIl y  a quelques semaines, j’ai adopté un petit chat. Un minuscule, parce que je voulais qu’il me ressemble un peu. Du coup, il est sur mes genoux en ce moment même et je réalise qu’il est vraiment le petit compagnon qu’il me fallait, celui qui bouge sa tête de gauche à droite pour regarder mes mains sur le clavier. Maintenant, parce que je suis partie dans mes pensées quelques secondes, il me tête l’index, c’est une habitude un peu bizarre qu’il a prise. J’aimerai bien me dire qu’il me confond avec sa mère mais je crois qu’il est bien conscient que mes oreilles et les siennes trahissent un certain adultère. Ou justifient juste qu’on ne fasse pas parti de la même famille. Chaque endroit ou je suis passée, j’ai toujours et inconsciemment, eu besoin d’une béquille, d’une fille, d’un ami, d’un bout de tissu a renifler ; j’aurai probablement du me rendre à l’évidence sur l’idée d’un compagnon bien réel qui aimerait être avec moi juste par le fait que j’ai pu prendre soin de lui au début de sa toute petite vie.

Sans trop de transition, ce midi, j’ai déjeuné avec une collègue, qui n’en est pas vraiment une, si ce n’est le fait qu’on se croise de temps à autre et que nos seuls mails échangés se résument à « on déj ? » « ok dans 10 min ». Ce midi, comme je ne savais pas trop quoi lui dire je lui ai demandé si elle avait un chien. Comme si je lui demandais si elle était plutôt thé ou café, vous voyez. C’est comme ça qu’elle est partie dans une histoire assez longue entre le plat et le dessert, m’expliquant qu’elle avait demandé sa mutation après la mort de son chien. C’est bête hein ? C’est ce que je me suis dit. Partir à 8000 km pour un chien. Mais elle, ce qu’elle disait c’est qu’elle avait quand même acheté une maison avec un grand jardin; pour son chien, vous comprenez. Alors j’ai dit « oh c’est triste », sans trop y croire. Et puis on a commandé « deux cafés s’il vous plait ». Et puis maintenant sa maison est en location.
Maintenant, là, vraiment maintenant, au sens dans la minute ou je pianote sur mon clavier,  j’ai un peu envie de faire pipi. En fait, j’ai vraiment envie de faire pipi. Et sans vous mentir. Je ne peux pas bouger. Je n’ose même pas bouger la jambe, alors qu’un moustique vient de s’y poser. Parce qu’après avoir comparé ses oreilles aux miennes, après avoir guetté mon clavier, après avoir aspiré mon doigt, ce petit truc minuscule que j’ai adopté il y a quelques semaines, vient de s’endormir sur mes genoux.

Et je crois que je viens de me réconcilier avec les gens qui ont besoin d’un sparadrap dans leur vie. D’un chien, d’un homme, d’un bébé, d’une jolie fille, d’un livre, d’une meilleure amie, d’un doudou, d’un bol de glace, d’un verre de rosé en finissant la journée, d’une dispute pour s’esquiver, d’une relation virtuelle, d’un cours de yoga, d’un truc a soi, ou tout à la fois. Je crois qu’on a tous besoin d’un petit bout de sparadrap.

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Carte postale de Cayenne

11 août 2016

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Ca y’est, ça fait trois mois que je suis en Guyane. Ca pourrait même faire deux jours que j’y suis, tellement ça passe vite. J’ai quand même eu le temps de :

  • Faire du vélo
  • Ecouter de la musique en faisant du vélo (le dites pas à mon père, il pense déjà que je porte un casque…)
  • Un casque de vélo pas un casque de musique
  • Me faire voler mon vélo
  • Apprendre à conduire une voiture
  • Acheter un nouveau vélo
  • Retourner voir la Guadeloupe
  • Trouver un travail cool
  • Y aller en vélo
  • Adopter un petit chatbébé
  • Lui apprendre à marcher
  • Pas encore à faire du vélo
  • Faire beaucoup de dessins
  • Manger des nouilles sautés chez les Mhongs
  • Lire 4 livres
  • Dont un vraiment chouette
  • Perdre mes chaussures
  • Boire du rhum
  • Regarder les arbres et les oiseaux

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  • Aller voir Ariane décoller
  • Regarder les jolies filles et les jolies cultures qui se mélangent
  • Chercher l’inspiration dans les maillots de bain
  • Ne plus se souvenir des sensations de froid
  • Acheter des fleurs au marché
  • Vivre à l’heure des tropiques…

 

 

 

 

 

 

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Des pâtes et des croquettes débarque dans vos boites mails !

16 juin 2016

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Peut-être qu’on a déjà papoté ensemble, peut-être qu’on a déjà dansé sur du Beyoncé et que je vous ai déjà demandé « Who run the world ? », peut-être qu’on à déjà partagé un café en terrasse, peut-être qu’on a déjà bossé ensemble ou peut-être que vous ne connaissez Des Pâtes & Des Croquettes qu’à travers un écran.
A l’heure où les réseaux sociaux et les publicités fleurissent sur les Internets à la vitesse d’Ariane 5 dans le ciel, il devient difficile de rester dans la vague, d’être visible et d’être lu. Bien sur, j’aimerais mieux vous envoyer à chacun une lettre postale dès qu’un article est publié, mais ils me faudrait rentrer un peu plus dans votre intimité et surtout un gros carnet d’adresse pour y noter vos adresses ! Vivant en Guyane où l’humidité de la jungle risque d’effacer au fil des jours l’encre sur le papier, j’ai opté pour une solution plus efficace… La newsletter ! Dès qu’un article sera publié vous aurez désormais la possibilité de le recevoir dans votre boite mail. Chouette, non ? Il suffit d’inscrire votre adresse mail dans la barre N E W S L E T T ER, à droite sur le site.