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Les deux sexagénaires en sac à dos.

26 octobre 2014

J’ai passé la matinée à regarder le bleu du ciel à travers la fenêtre. Alors quand j’ai trouvé le courage d’enfiler des godasses et un gilet en laine, c’était évident que le gris du ciel tombait, en même temps que je pointais le nez dehors.

Je suis quand même allée traîner des pieds dans les feuilles aux couleurs de l’automne, parce que quand même, c’est tout l’intérêt de l’automne. J’ai vite compris que mon idée d’aller faire craquer le sol orange était aussi celle d’un peu tout le monde. Les yeux coincés entre le parterre et mon nuage d’idées, j’ai vu arriver face à moi, un petit couple de sexagénaires. Ils se donnaient la main, puis ils portaient chacun un sac à dos. Je me suis bien demandée ce qu’ils avaient pu mettre dedans, parce qu’un seul me semblait suffisant. Mais j’ai vite réalisé que c’était une question d’équilibre. Ils avaient les cheveux du même blanc et même que sur l’oreiller ils ne doivent, surement, pas savoir faire la différence. Je me sens encore coupable de les avoir regardé aussi longuement en oubliant même de les laisser passer, les obligeant à descendre du trottoirs, mais j’imagine qu’ils doivent avoir l’habitude des regards remplis d’envie et d’étonnement qui leur sont adressés. 

J’ai mis quelques minutes à m’en remettre et puis comme ça n’était pas suffisant, j’ai cherché une musique que j’avais envie d’écouter à ce moment précis. Quand elle a commencé je me suis souvenue que c’était précisément la musique que j’avais lancé un jour en pleine rupture sentimentale. Et qu’avant la fin de la chanson, je m’étais barrée pour pleurer dans la salle de bain. Alors, du rebord de la manche du pull en laine, j’ai essuyé mes yeux qui s’embuaient. Puis j’ai passé la mélodie. Parce que déjà, on trouve rarement une salle de bain en plein milieu d’une balade d’automne et qu’ensuite, j’aimerai bien, un jour, devenir une sexagénaire en sac à dos.

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